Et si notre plus grand super-pouvoir, c'était simplement de s'arrêter ?
Il s’est passé quelque chose l’autre jour qui m’a fait beaucoup réfléchir. En marchant sur le trottoir, j’aperçois un homme allongé par terre, juste à côté de sa trottinette. Au début, on hésite toujours un peu : est-ce qu’il se repose ? Est-ce qu’il va bien ? Dans le doute, j’ai décidé de m’approcher. Heureusement, car l’homme était inconscient. J’ai vérifié son pouls, sa respiration, et je l’ai mis en Position Latérale de Sécurité (PLS) pour le protéger. Autour, les quelques personnes présentes étaient paniquées, alors je les ai guidées pour appeler les pompiers. Finalement, l’histoire se termine bien : l’homme s’est réveillé avant l’arrivée des secours, il avait simplement beaucoup trop bu.
Ce qui m’a marqué, c’est de voir le nombre de voitures passer devant lui sans s’arrêter. Pourtant, dès que j’ai fait le premier pas, d’autres personnes se sont approchées. C’est souvent comme ça : on attend que quelqu’un d’autre commence. L’ambiance est restée un peu chaotique (les personnes au téléphone ont raccroché un peu vite et sont parties, me laissant seul avec lui en attendant les secours), ce qui m’a rappelé une vérité essentielle : face à l’urgence, on se sent souvent très démuni.
Le mythe du geste parfait
Je vous raconte cela, mais mon métier n’a strictement rien à voir avec la médecine ou le secourisme. Pourtant, en 8 ans, j’ai été confronté 4 fois à des situations d’urgence. Et je vous rassure : on ne réagit jamais comme dans les films.
La première fois, face à un malaise, j’ai paniqué et j’ai assis la personne sur une chaise (ce qu’il ne faut pas faire !). Même avec une formation en tête, le stress fait bugger le cerveau.
Une autre fois, sur l’autoroute après des tonneaux, la sidération m’a totalement figé. Ce sont les cris des passagers qui m’ont bloqué le corps. J’ai juste réussi à appeler les secours.
Une troisième fois, face à un cycliste blessé à la tête, je me suis senti impuissant à part pour le rassurer (au passage : mettez un casque, vraiment).
Et enfin, cette histoire de trottinette, où j’ai pu appliquer mes compétences calmement. Mon cerveau a même fait des liens avec des reportages d’urgence que j’adore regarder : le monsieur grognait, j’ai pensé à un arrêt cardiaque, j’ai vérifié, ce n’était pas ça, mais le réflexe était là.
Pourquoi je vous partage mes ratés et mes doutes ? Parce qu’on s’imagine souvent qu’il faut être un expert pour intervenir. C’est faux !
Dans les situations critiques comme un étouffement ou un arrêt cardiaque, ce qui compte, ce n’est pas la perfection du geste, c’est le temps. Chaque minute qui passe sans massage cardiaque, c’est 10 % de chances de survie en moins. Les secours ont beau être ultra-rapides, s’il se passe 10 minutes sans que personne ne fasse rien, leurs chances de sauver la victime s’effondrent. Pratiquer un massage imparfait vaut mille fois mieux que de croiser les bras par peur de mal faire.
Redonner du sens par l'entraide
Aujourd’hui, beaucoup d’entre nous cherchent du sens dans leur quotidien ou ressentent le besoin d’être utiles. On ne peut pas tous changer de métier pour devenir médecin ou infirmier. En revanche, on peut décider de devenir un maillon de la chaîne de survie.
Si vous voulez faire ce premier pas, voici trois manières très simples de vous y mettre :
Télécharger l’application Staying Alive : C'est gratuit et immédiat. Concrètement, l'application utilise la géolocalisation. Si un arrêt cardiaque survient à proximité de l'endroit où vous vous trouvez, les services de secours (SAMU/Pompiers) peuvent vous envoyer une alerte. L'application vous guide alors vers le défibrillateur le plus proche ou vous demande d'intervenir pour masser la victime en attendant leur arrivée. Vous devenez un "Bon Samaritain".
Se former : Demandez à votre employeur, c’est souvent pris en charge, ou inscrivez-vous au PSC1 (Prévention et Secours Civiques de niveau 1). Quelques heures pour savoir quoi faire le jour où c’est votre enfant, votre conjoint ou un inconnu qui s’étouffe devant vous.
S’engager plus loin : Pour ceux qui ont un vrai déclic, les structures comme les pompiers volontaires ou la sécurité civile ont toujours besoin de bras et de grands cœurs.
Pour conclure, je veux adresser un immense merci à tous les professionnels de santé, aux pompiers et aux équipes du SAMU qui font un travail incroyable au quotidien. Les secours font le maximum, mais ils ne peuvent pas se téléporter.
Au fond, la bienveillance commence peut-être simplement par là : ne pas détourner le regard, oser s'avancer sur le trottoir et tendre la main. On a tous ce pouvoir-là !



Et vous, est-ce que vous avez déjà été confrontés à une urgence où vous vous êtes sentis démunis ? Ou au contraire, est-ce que vous avez déjà sauté le pas du PSC1 ? Partagez vos retours, je suis curieux de vous lire.